Jonathan Strange & Mr. Norrell de Susanna CLARKE
Rappel des faits :
§§§Dans l'Angleterre de 1806, la magie n'est plus pratiquée depuis des siècles. Des magiciens théoriciens s'interrogent sur cet état de fait et rencontrent par hasard Mr. Norrell qui semble être le dernier vestige d'une ère révolue. Celui-ci arrive donc à Londres avec l'idée de faire renaître la magie anglaise et, poussé par les dandys dont il s'est entouré, propose bientôt ses services au gouvernement britannique pour empêcher l'avance de la flotte napoléonienne.
Après plusieurs victoires militaires et mondaines, il fait la connaissance de Jonathan Strange, jeune homme autodidacte extrêmement brillant qu'il prend sous sa tutelle. Mais bientôt l'association tourne à l'affrontement de deux conceptions de la magie et aucun des deux ne semblent s'apercevoir des dégâts causés par leurs tâtonnements respectifs.
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L'accusé a-t-il quelque chose à ajouter pour sa défense ?
§§§"§- Henry, c'est lui ! L'intrus ! Le sieur que je vous ai décrit ! Ne voyez-vous pas ? Un homme menu, à la chevelure et aux yeux si sombres qu'ils pourraient être ceux d'un Italien, même s'il y a du gris dans ses cheveux. Une redingote râpée, poussiéreuse et rapiécée, avec des manchettes effrangées qu'il a tenté de cacher en les coupant au ras. Oh ! Henry, voici notre homme assurément ! Vous, monsieur ! cria-t-il, s'adressant soudain à Mr Segundus. Expliquez-vous !
Le pauvre Mr. Segundus était abasourdi de s'entendre décrire, lui et sa redingote, avec tant de précision par un complet étranger. En outre, cette description était si singulièrement affligeante ! En rien courtoise.
§- Je vous ai vu en rêve, monsieur, je crois, déclara Mr. Segundus, non sans quelque hésitation.
Ce qui eut pour seul effet d'augmenter le courroux de Strange.
§- Ce rêve, monsieur, était le mien ! Je me suis étendu dans l'intention expresse de le faire. Je puis produire des preuves, des témoins, que ce rêve était mien. Mr. Woodhope – il montra son compagnon – m'a vu le faire. Mr. Woodhope est un ecclésiastique... Le recteur d'une paroisse du Gloucestershire... Je ne puis imaginer qu'on puisse mettre sa parole en doute ! Je suis plutôt d'avis que, en Angleterre, les rêves d'un gentleman ne concernent que lui. Je crois bien qu'il existe une loi à cet effet et, s'il n'en existe pas, eh bien, le Parlement devrait certainement être amené à en promulguer une sur-le-champ !"
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Verdict :
§§§Écrit dans un style délicieusement désuet, Jonathan Strange & Mr. Norrell est un bijou d'humour anglais (noir, très noir). Les personnages de Susanna CLARKE sont hauts en couleurs et font souvent les frais de son humeur sarcastique – mention spéciale au personnage de Vinculus. Faites ainsi la recontre de Gilbert Norrell (vieillard orgueilleux, condescendant, avare, et assommant) et de Jonathan Strange (jeune homme buté, égoïste, tête-brûlée, et fantasque).
§§§L'auteure nous livre ici une univers très complet grâce à un judicieux emploi des notes de bas de pages dont elle use voire abuse dans certains cas (quelques unes d'entre elles s'étalent sur les deux tiers de la page et ceci sur trois pages consécutives !) et qui lui permettent de multiples digressions. Chaque nom d'auteur (complètement imaginaire ou pas) est accompagné de la biographie du personnage, d'une critique de son oeuvre et parfois d'une citation de Mr. Norrell ou de Jonathan Strange ; chaque référence se voit détaillée et accompagnée d'une anecdote parfaitement inutile au schmilblick général mais est dans tous les cas très drôle. Ces digressions sont au début agréablement surprenantes, puis très amusantes mais tendent malheureusement à étouffer le récit vers les deux tiers du livre ; ensuite, libre à vous de continuer à lire toutes les notes de bas de pages, ou seulement quelques unes, ou aucune (pour avoir opté pour la seconde proposition, le texte n'en perd pas de sa valeur).
§§§La fin de ce "pavé" reste ouverte et laisse entrevoir la possibilité d'une suite (ce qui a été confirmé par l'auteure) et dont on attend de notre côté impatiemment la sortie.