Que notre règne arrive de J.G. BALLARD

Publié le par Hazel Soe E.

Rappel des faits :
§§§Après le mystérieux assassinat de son père au beau milieu d'un centre commercial (le Métro-Centre) de Brooklands, Richard Pearson, publicitaire désormais au chômage, décide de se rendre sur place pour mener sa propre enquête. La petite ville du verdoyant Surrey se révèle bien loin de l'image d'Épinal : morne cité en bordure d'autoroute (la M25) dont les habitants semblent être aux prises d'un consumérisme des plus frénétiques, et d'une xénophobie à peine voilée.
Richard Pearson flaire dès son arrivée que le repli identitaire des habitants de Brooklands et que les étranges manifestations sportives dont il est témoin ne sont pas étrangères à l'assassinat d'un paisible vieillard. Car partout ici luit le dôme de verre du Métro-Centre...
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L'accusé a-t-il quelque chose à ajouter pour sa défense ?
§§§" « - À vous entendre, on dirait que c'est l'enfer.
§ - Ça l'est... » Il se voûta au-dessus de la carafe à whisky, qu'il reboucha : l'entretien touchait à sa fin. Lorsque je me levai, il se tourna vers moi d'un mouvement agressif, l'air prêt à me renverser d'un coup de poing. Une fierté brouillone le fit lutter avec les mots. « Vous, vous venez de Londres. Un grand marché aux puces, depuis toujours. Des produits de pacotille, et des rêves encore plus lamentables. Ici, à Brooklands, nous formions une véritable communauté, pas une simple population à tiroirs-caisses. Seulement, c'est fini, disparu, envolé en une nuit, quand cette usine à fric s'est ouvert. Nous sommes envahis par les étrangers, des milliers, pour qui il n'existe rien de plus important que les prochaines soldes. À leurs yeux, la ville n'est qu'un simple parking. L'absentéisme fait des ravages à l'école, parce que les gosses traînent tous les jours par centaines au centre commercial. Notre unique hôpital devrait soigner les habitants du coin, mais il est surchargé de travail à cause des accidents de la route que provoquent les visiteurs. Ne tombez surtout pas malade près de la M25 ! Les cours du soirs étaient populaires, autrefois - français parlé, histoire régionale, bridge. Ils ont tous fermé. Les gens préfèrent se promener au dôme. Personne ne va plus à l'église. Pour quoi faire ? Le bien-être spirituel attend au centre New Age, première allée à gauche, après la sandwicherie. Nous avions une bonne dizaine de clubs et d'associations - musique, théâtre, archéologie. Ils ont été dissous depuis longtemps. Les fêtes de charité, les réunions politiques ? Pas un chat. Au moment des fêtes, le Métro-Centre embauche une flotte de pères Noël motorisés qui croisent dans les rues en diffusant à plein régime des noëls de Disney. Les caissières exhibent leurs cuisses, habillées en fée clochette. Une armée de Panzers montant son spectacle le plus adorable...» "
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Verdict :
§§§Captivé par les débordements sportifs et xénophobes dont il est témoin, Richard Pearson décide de s'installer pendant un temps dans l'appartement de ce père qu'il n'a pratiquement pas connu. Il y découvre une impressionnante bibliothèque dédiée au IIIème Reich et une pile de chemises à la croix de Saint-Georges. Son père prenait-il une part active dans ce nouvel ordre fasciste dont le Métro-Centre semble être le canalisateur et dont David Cruise, le présentateur des chaînes cablées du Métro-Centre, semble être le nouveau Führer ?
Décidé à faire la lumière sur toute cette histoire, Richard Pearson propose ses services de publicitaire à David Cruise, et transforme ce fade pantin excessivement maquillé qui distribue ses sourires bienveillants aux ménagères à la télé en créature torturée et cynique affirmant qu'il n'y a pas de sens caché (rien n'est vrai, rien n'est faux), que la folie est bienfaitrice et que l'individu est libre. Mais la machine s'emballe, et les choses deviennent vite hors de contrôle...
§§§Livre inspiré (c'est peu de le dire), et après la lecture duquel on est en droit de se demander si l'auteur décrit nos sociétés post-modernes ou si il se projette dans un avenir proche...
Certains passages font vraiment froid dans le dos et BALLARD excelle dans l'art d'installer peu à peu une atmosphère pesante. Chaque mot lu transpire l'air malsain de cette petite ville au bord de l'autoroute M25, et chaque personnage semble être rongé par un consumérisme morbide. Le dôme du Métro-Centre devient un temple à la gloire des réfrigérateurs et des fours mirco-ondes, dôme que se doivent de protéger les habitants de Brooklands car il est désormais le gardien de leur santé mentale.
Au-delà de l'enquête policière (qui a tendance à faire du sur-place), Que notre règne arrive constitue une piste de réflexion sur nos modes de consommation et sur l'hégémonie des publicitaires.
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Publié dans Sur les rayonnages

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