Mensonge de Enrique De HERIZ
Rappel des faits :
L'accusé a-t-il quelque chose à ajouter pour sa défense ?
§§§"J'ai choisi pour eux. J'ai bien choisi. Serena a passé sa vie à lutter contre la fiction comme un bon soldat : obsédée par la volonté de détecter sa présence, de l'assaillir, la supprimer. Je dois trouver la manière de lui montrer qu'elle se trompe d'ennemi, que si elle supprime la fiction elle anéantit la vie, qu'avec elle disparaît tout ce qu'elle est, tout l'amour, tout le désir. Que le passé soit une création n'est pas si grave. Au bout du compte, l'avenir l'est également et personne ne peine à l'admettre.
§§§Tel est le mal que peut se faire Serena, en réduisant le mensonge à néant. Le cerveau humain, comme les ordinateurs, tend à fonctionner par des systèmes binaires : zéro, un ; oui, non ; vérité, mensonge. Après avoir découvert le mensonge de Simon, le cerveau de Serena s'est ancun doute empressé de le remplacer par une vérité ; n'importe quoi sauf le vide, car les systèmes binaires ne marchent pas sans l'une des deux parties. Quelle nouvelle vérité aura construit ma fille ? En tout cas, ce sera la sienne. Je crois que tel est mon rôle en ce moment : aider ma fille à s'inventer elle-même une fois pour toutes. "
§§§
Verdict :
§§§Mensonge est une histoire à deux voix (Isabel et sa fille Serena) à propos d'un mensonge, et de tous ceux qui en ont découlé. Comment quatre générations se sont-elles appropriées une fable ? À l'origine, il y avait Amparo qui inventa à son fils Julio un père : Simon, qui fit selon elle naufrage dans la baie de Malespina. Julio grandit dans le souvenir et dans la vénération de ce père absent, et en raconta l'histoire épique à ses propres enfants (Alberto, Pablo, Serena), qui eux-même la racontèrent par la suite à leurs propres enfants. Mais voilà, la soudaine disparition de leur mère Isabel jette le trouble : si les deux ainés ont toujours été persuadés de la véracité de cette histoire familiale, Serena pointe les incohérences.
§§§Grâce aux voix de la mère et de la fille, la vérité se démystifie peu à peu : Julio, victime du mensonge salutaire d'Amparo, devient à son tour un mystificateur avant de sombrer dans la folie, Isabel, complice dans son silence, ses fils Alberto et Pablo tentent de se reconstuire, et Serena aux prises avec le doute.
§§§Mensonge est un hymne à l'imagination, à ces légendes familiales qui constituent le ciment qui relie les individus entre eux, à ces châteaux de sable qui assurent l'identité de chacun, à ces fables qui nous servent de repères.
On doit bien avouer notre déception à la lecture de ce livre (qui reste tout à fait convenable) après une critique dithyrambique entendue sur France Culture... En fait, seule la voix d'Isabel a su éveiller chez nous quelque intérêt en expliquant les différents rituels mortuaires autour de la planête (et notamment chez les Wari, cannibales compassionnels) ; le reste n'est en somme qu'une histoire "banale" d'une famille "banale" avec ses secrets "banals" (grossesse, faillite, adultère...). On s'attendait à quelque chose de plus fantaisiste, ou peut-être à un peu moins de clichés.