Petite Joueuse de Céline STRANIERO

Publié le par Eileen E.

Rappel des faits :

    L'histoire d'une amitié (Brune et Alice), d'une histoire d'amour (Marc et Alice), d'un désir (Marc et Brune), d'une jalousie (Brune et Célia) et d'un vol, ou plutôt d'une série de vols parce qu'on ne sait plus très bien qui vole qui et qui vole quoi. Peut-être qu'après tout le voleur n'est pas celui qu'on croit et que l'objet convoité échappe aux règles de l'attraction.

L'accusé a-t-il quelque chose à ajouter pour sa défense ?

    "J'aime cette fille chez qui le mal coule de source, qui s'agace de tout et abhorre ceux qui parlent avec un avant et un après, ceux qui disent "dorénavant". Alice ne connaît rien à pas grand chose, elle estime que son intelligence la dispense de se cultiver. Elle s'entoure de gens qui savent pour elle. Pendant ce temps elle les dissèque : elle en parle tellement bien qu'elle les vide, qu'ils nont plus rien à devenir, c'est réglé pour eux. Elle les fouille jusqu'à la racine, descend tellement bas que je n'ai pas toujours envie de la suivre. Quand elle inspecte ses propres grottes elle se demande si elle a bon fond. Mais Alice est un abîme sans fond : elle vise le bien et elle fait le mal."

Verdict :

    On A-DO-RE ! Petite Joueuse a l'avantage d'être très court (139 pages) sans être insipide, et l'avantage d'être moderne sans être futile. Le style de Céline STRANIERO est très agréable et extrèmement surprenant (calembours, sens détourné). Ce sont 139 pages de jeux !

    Petite Joueuse, c'est l'histoire de deux copines qui décident de monter un "gros coup", mais c'est aussi et surtout l'histoire d'un désir : le désir de vivre (autre chose ou autrement), le désir d'aimer et d'être aimé, et le désir d'exister, ou du moins se sentir exister. En fait, l'une (Brune) veut voir sa valeur confirmée dans la reconnaissance par l'autre (Alice). Cette reconnaissance prend la forme d'une lutte entre deux consciences : celle du maître (Alice) qui sort vainqueur de la lutte, et celle de l'esclave (Brune) qui a préféré conserver sa position d'observateur en retrait et être réduit en esclavage (moral). Mais cette situation ne satisfait ni le maître (Alice) ni l'esclave (Brune) : Alice parce qu'elle méprise Brune (la preuve : elle introduit une tierce personne, Célia, dans leur relation ambiguë et affirme ainsi le peu de valeur que représente Brune à ses yeux), et Brune parce qu'elle n'est pas reconnue, mais elle y parviendra cependant à la fin du roman (en mettant en oeuvre une faculté humaine  : l'intelligence qui se donne un but précis et met au point une façon d'y parvenir).

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Publié dans Sur les rayonnages

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